Mai 1968 au Sénégal, Senghor face au mouvement syndical
En Mai 1968, le Sénégal fut le lieu d‟une vaste manifestation qui menaça gravement le régime du nouvel Etat indépendant. A l‟image de la jeunesse du monde qui secoua Prague, Kent State University, Columbia, Chicago, Paris et autres métropoles, celle de Dakar impulsa une dynamique de protestation qui mobilisa localement contre le régime dit «néocolonial» et la continuation de la présence française. La crise commença par une grève des étudiants de l‟Université de Dakar qui fut suivit d‟une répression policière qui fit des victimes parmi lesquels on dénombra un mort et des dizaines de blessés, selon un bilan officiel. La grève des étudiants qui dura près de 4 mois, de juin à septembre, mobilisa contre le Président Senghor et son régime et installa le pays dans une crise durable qui allait influer sur la marche du nouvel Etat. Elle se généralisa rapidement et toucha les principales villes du pays telles que Rufisque, Thiès, Kaolack et Saint-Louis. En effet, les étudiants grévistes, soutenus par leurs camarades élèves, les syndicats de travailleurs et de larges couches de la population, exprimaient originellement des réalités nationales aggravées par un contexte difficile. Mouvement controversé et débattu en raison de ses liens supposés avec le mouvement social mondial, Mai-68 exprimait d‟abord des revendications spécifiques et traduisait un dilemme idéologique. Il reflétait également les sentiments de la jeunesse qui fit écho au courant contestataire du mouvement social mondial des années 1960. La crise marquait ainsi une rupture entre le Président Senghor et les syndicalistes qui avaient été jusque-là parmi ses plus fidèles alliés depuis son entrée en politique dans le milieu des années 1940.