Pouvoir politique et espaces religieux au Sénégal : la gouvernance locale à Touba, Cambérène et Médina Baye
Le point de départ de notre réflexion est l’engagement dans un travail de recherche empirique. Originaire du Sénégal et ayant effectué tout notre cursus universitaire au Canada, il nous a semblé important de réfléchir sur un domaine d’études qui associe une réflexion théorique à une expérience de terrain, que nous souhaitions faire dans notre pays d’origine. Pénétrer les milieux de l’enquête-terrain en combinant les expériences sociales nous a permis de renouer avec le contexte local du Sénégal que nous avions quitté sept ans plus tôt. La démarche n’est assurément pas inhabituelle, mais l’originalité de notre travail provient du fait que nous souhaitions nous engager dans les milieux de la recherche en intégrant divers espaces et groupes religieux aussi différents dans la socialisation que dans les modes de gouvernance. Pénétrer des sphères religieuses, en abordant les questions du pouvoir et de la construction politique nous exposait à des contraintes normatives (contrôle des informations) inhérentes au milieu de l’enquête où l’accès aux ressources primaires suggérait beaucoup de souplesse et de temps pour disposer d’inforn1ations pertinentes et suffisantes à la rédaction d’une thèse doctorale. À dire vrai, nous n’en mesurions pas toute la difficulté lorsqu’au début de notre recherche, nous décidâmes de nous engager sur ce terrain. C’est en lisant les travaux de René Otayek (1997) sur la culture politique, notamment son article sur « Démocratie, culture politique, sociétés plurales : une approche comparative à partir des situations africaines » que nous avons décidé à poursuivre la réflexion sur ce thème. Otayek y indiquait que dans les travaux menés sur la démocratisation et la gouvernance, notan1ment en Afrique, on négligeait souvent les cultures politiques locales (ces communautés identitaires qui participent pourtant à la démocratisation et à la gouvernance des sociétés).